Le prix d’une réparation, calculé à l’envers.
On ne part pas du prix du voisin, on part de ce que la réparation vous coûte réellement : la pièce, votre temps, les consommables, les reprises en garantie et les cotisations. Le prix à afficher, c’est ce qui sort à la fin.
Votre réparation
Le prix à afficher
Le prix est ferme parce que le calcul est complet. C’est ce qui permet de l’annoncer au client avant l’intervention, plutôt que d’annoncer un ordre de grandeur et de le corriger à la restitution.
La méthode, étape par étape
Cinq opérations. La quatrième est celle que presque tout le monde rate, et elle coûte cher.
La pièce, achat puis marge
La marge sur la pièce n’est pas un supplément gratuit : elle paie la commande, le port, le stock immobilisé, les pièces reçues défectueuses et le tri des fournisseurs. Un réparateur qui revend ses pièces à prix coûtant travaille en réalité à perte sur cette partie.
pièce facturée = prix d’achat x (1 + 40 %)Le temps, au taux que vous visez
Comptez le temps réel : démontage, chauffe, nettoyage du châssis, remontage, tests, remise en boîte. Pas le temps du meilleur jour, celui du jour ordinaire. Une minute oubliée sur chaque appareil devient une journée non facturée sur l’année.
main d’œuvre = 45 min / 60 x 45 €Les consommables et le risque de reprise
Colle, joints d’étanchéité, protections, alcool isopropylique, énergie, emballage : chacun coûte peu, tous ensemble comptent. On y ajoute la part des appareils qui reviendront sous garantie, appliquée à toutes les réparations pour que celles qui se passent bien financent celles qui se passent mal.
provision garantie = (pièce + consommables + main d’œuvre) x 5 %Les cotisations, en divisant, jamais en ajoutant
Les cotisations du régime micro portent sur le prix encaissé. Ajouter 21,2 % à votre besoin ne suffit donc pas : le prélèvement s’appliquera aussi à la partie ajoutée. Pour retrouver exactement votre besoin après cotisations, il faut diviser par le complément du taux. Sur un besoin de 100 euros, l’écart entre les deux méthodes est de près de 5 euros, sur chaque réparation.
prix = besoin / (1 - 21,2 %) = besoin / 0,788L’arrondi, toujours vers le haut
Un prix lisible se retient et se compare plus facilement, et il évite les discussions au comptoir. On arrondit donc vers le haut, jamais vers le bas : arrondir à la baisse revient à financer soi-même la différence, exactement sur la partie qui servait à payer les cotisations.
prix affiché = multiple de 5 immédiatement supérieurVotre grille, selon le temps passé
Les mêmes hypothèses, appliquées à six durées d’intervention. De quoi poser une grille cohérente au lieu de fixer chaque prix au ressenti.
| Temps passé | Main d’œuvre | Prix calculé | Prix à afficher |
|---|---|---|---|
| 15 min | 11,25 € | 77,87 € | |
| 30 min | 22,50 € | 92,86 € | |
| 45 min | 33,75 € | 107,85 € | |
| 1 h | 45,00 € | 122,84 € | |
| 1 h 30 | 67,50 € | 152,82 € | |
| 2 h | 90,00 € | 182,80 € | |
| Grille calculée avec une pièce à 32,00 €, une marge de 40 %, 3,00 € de consommables et 5 % de reprises provisionnées. Changez un curseur, la grille se recalcule. | |||
- URSSAF, portail des auto-entrepreneurstaux du régime micro-social appliqué aux prestations de services, la base du 21,2 % provisionné dans le prix.
- Légifrance, article 293 B du code général des impôtsfranchise en base de taxe sur la valeur ajoutée, et mention à porter sur vos factures quand vous en relevez.
- entreprendre.service-public.frobligation d’information du consommateur sur les prix, contenu obligatoire d’un devis et d’une facture.
Le seul taux chiffré utilisé ici est celui des cotisations du régime micro pour une prestation de services, 21,2 %, appliqué à cette activité depuis l’automne 2022. Comme ces taux sont révisés par voie réglementaire, recoupez-le sur le portail de l’URSSAF si vous lisez cette page longtemps après sa mise en ligne. Tout le reste, marge, temps, consommables, taux de reprise, vient de vos propres curseurs : nous n’avons inventé aucun prix de marché, aucune moyenne de la profession et aucun tarif de référence.
Ce prix est un plancher de rentabilité, pas une garantie de vente. Il ne tient pas compte de votre loyer ni de vos charges fixes, qui relèvent du calcul de rentabilité, ni de l’impôt sur le revenu, ni de la taxe sur la valeur ajoutée si vous y êtes assujetti. Il ne dit pas non plus si votre marché acceptera ce prix : cela, seul le terrain le dit.
Les questions qui reviennent
Sur la marge, la taxe, la garantie et les prix du voisin.
Pourquoi diviser par le complément du taux de cotisations, au lieu de simplement ajouter 21,2 % ?
Parce que les cotisations se calculent sur le prix encaissé, pas sur votre coût. Si votre besoin est de 80 euros et que vous ajoutez 21,2 %, vous facturez 96,96 euros, sur lesquels l’URSSAF prélève 20,56 euros : il ne vous reste que 76,40 euros, soit moins que ce que vous visiez. En divisant par 0,788, vous facturez 101,52 euros, les cotisations en prennent 21,52 et il vous reste exactement vos 80 euros. C’est la même logique que pour une remise en pourcentage : on ne remonte pas une baisse en appliquant la même hausse.
Faut-il ajouter la taxe sur la valeur ajoutée au prix conseillé ?
Cela dépend de votre régime. En franchise en base, vous ne facturez pas de taxe et vous devez porter sur la facture la mention prévue par l’article 293 B du code général des impôts : le prix conseillé est alors le prix final. Si vous êtes assujetti, le prix conseillé est un prix hors taxes auquel vous appliquez le taux en vigueur, et vous récupérez en contrepartie la taxe payée sur vos achats de pièces, ce qui abaisse votre coût de revient réel.
Pourquoi provisionner les reprises en garantie dans chaque prix ?
Parce qu’une partie de votre travail sera à refaire. Un écran compatible qui perd le tactile au bout de trois semaines, une nappe pincée au remontage, une batterie qui gonfle : le client revient, vous ressortez une pièce et vous y passez du temps, sans rien encaisser. Si ce risque n’est pas dans le prix de tous les appareils, il sort de votre poche. Un ou deux points de provision sur chaque réparation coûtent beaucoup moins cher qu’une reprise non financée.
Le prix conseillé sort au-dessus de celui du réparateur d’à côté. Que faire ?
Trois leviers, et un piège. Les leviers : négocier le prix d’achat de la pièce ou changer de fournisseur, réduire le temps passé en préparant mieux vos postes, ou assumer un prix plus élevé en le justifiant, garantie plus longue, pièce de meilleure qualité, délai plus court. Le piège serait de vous aligner en descendant sous votre coût de revient : vous travaillerez plus pour gagner moins, et la première reprise en garantie effacera la marge de trois réparations.
Comment fixer le taux horaire que je vise ?
Partez du revenu mensuel dont vous avez besoin, puis divisez par le nombre d’heures réellement facturables dans votre mois. C’est là que beaucoup se trompent : sur une journée de travail, les commandes de pièces, les appels, les diagnostics gratuits, la comptabilité et les déplacements ne sont pas facturés. Si la moitié seulement de votre temps est facturable, votre taux horaire visé doit être au moins le double de ce que vous auriez calculé sur une journée pleine.
Et si je découvre une deuxième panne en ouvrant l’appareil ?
Vous refaites le calcul et vous proposez un nouveau prix avant de continuer, jamais après. C’est la règle sur Fixara : le client accepte ou refuse, sans frais s’il refuse. Un prix annoncé qui bouge à la restitution est la première cause de litige dans ce métier, et la réputation d’un réparateur indépendant se joue exactement là.
Enchaîner avec le bon outil
Un prix juste ne suffit pas : il faut encore le multiplier par du volume.